SANCTUAIRE DE L’ILE-BOUCHARD
Vêpres de l’Immaculée Conception
Mercredi 8 décembre 2004
57e pèlerinage à Notre-Dame de la Prière

Homélie du Père Bernard PEYROUS
Maison d’accueil de Chézelles

Retranscription de l’homélie. Style oral.

 Dans cette église Saint-Gilles la Vierge Marie est intervenue pour demander la prière des enfants, la prière des humbles, dans un des moments les plus difficiles de l’histoire contemporaine de la France, notre Pays. Et cet événement se passait un jour de fête mariale, le jour où on célébrait la conception immaculée de Marie. Et donc, cette année, nous fêtons le 150ème anniversaire, comme le disait notre archevêque ce matin, de la définition dogmatique de l’Immaculée Conception de la Vierge. Au fond c’est peut-être l’occasion de réfléchir quelques instants sur ce qu’est la Conception immaculée de Marie et les conséquences que cela peut avoir encore aujourd’hui.

Qu’est-ce que cela signifie que Marie soit immaculée dans sa conception ? Vous vous rappelez sans doute qu’à Lourdes - quand la Vierge apparaît à la petite Bernadette - Bernadette, inspirée par le curé, le Père Peyramale, voulant s’éclairer sur qui est cette dame, lui demande qui elle est, et la Vierge lui répond, en bigourdan : « Que soy era Immaculada Councepciou » c’est-à-dire : « Je suis l’Immaculée Conception ». Cette phrase : « Je suis l’Immaculée Conception » – le dogme avait été défini depuis 4 ans – cette phrase définit en quelque sorte, comme l’“être” de Marie : “ Je suis l’Immaculée Conception”. C’est comme si Marie nous disait quelque chose d’intime sur elle qui nous montre le cœur de son cœur, son être intérieur : “ Je suis l’Immaculée Conception.”

Qu’est-ce que cela signifie ? Alors, quand nous naissons, vous et moi, nous naissons avec une déformation naturelle qu’on appelle le péché originel. Je ne vais pas faire ici la théologie du péché originel, mais aucun d’entre nous, je pense, n’aura le courage de dire que l’humanité est parfaite. Et donc, nous naissons, en fait, avec quelque chose à l’intérieur de nous qui est une espèce de tendance vers le mal – il n’y a pas que la tendance vers le mal, il y a aussi chez nous, des aspirations vers le bien, mais ces aspirations vers le bien sont, dans le courant de notre vie, gênées et parasitées par cette tendance naturelle vers le mal. Et nous passons notre vie de chrétien et d’homme à combattre cette tendance, et à nous redresser en quelque sorte, à relever la tête, comme dit l’Écriture pour regarder Dieu. Et au ciel, quand nous serons complètement redressés, complètement purs, nous regarderons Dieu en face. Sur cette terre, eh bien ! nous ne le pouvons pas : il y a quelque chose chez nous qui rend difficile la relation avec Dieu et la relation avec les autres… et aussi d’ailleurs, la relation avec nous-mêmes.

Marie est née sans cela. Ce que nous fêtons aujourd’hui, c’est l’acte de génération de Marie, par son père et sa mère. Cet acte a donné naissance, a engendré un être à qui le péché originel n’a pas été transmis. Naturellement, ce n’est pas dû au mérite de ses parents, c’est dû à une action de Dieu lui-même, et la Vierge Marie, comme chacun d’entre nous, comme chacun de nous, a été sauvée par les mérites du Christ. Donc la Vierge Marie est vraiment notre sœur, en ce sens que nous sommes sauvés, et elle est sauvée aussi. Et ça a donc donné pour Marie une base absolument saine. La base humaine sur laquelle nous allons travailler et vivre notre vie est une base qui est souvent assez faillée ; dans le cas de Marie, le socle est bon, la base est bonne, et donc, quand Marie est née, n’ayant pas le péché originel, elle a été tout à fait libre. Elle aurait pu dire “non” au désir de Dieu, mais elle a toujours dit “oui” ; et donc la Vierge Marie, au fur et à mesure qu’elle a grandi, a dit “oui” à tous les appels de Dieu. La base étant solide et le cœur de Marie étant bon, elle s’est de plus en plus renforcée dans cet amour de Dieu et elle est de plus en plus devenue un “oui”, ce qui fait que le monde de Marie, au fur et à mesure que le temps a passé, s’est comme élargi intérieurement de plus en plus aux dimensions du monde. Marie a dit “oui” aux premiers appels de Dieu qui ont été transmis, comme pour chacun de nous, par ses parents.

Ensuite, quand Dieu a demandé à Marie de demeurer vierge toute sa vie, elle a dit “oui” : nous fêtons ce grand “oui”, ce premier “oui” de Marie quand nous fêtons la fête de la Présentation de Marie au Temple. Et puis, quand l’Ange lui est apparu, et lui a demandé d’être la mère du Messie, Marie a dit “oui”, et ce n’était pas complètement évident en réalité, il y avait beaucoup, beaucoup de risques et beaucoup d’obstacles : elle a dit “oui”, elle a fait confiance à Dieu, pour demeurer vierge tout en donnant naissance à cet enfant qui allait être le Messie. Ensuite, quand Jésus a grandi, quand Jésus a agi, a prêché, elle l’a accompagné et certainement elle a eu bien des “oui” à redire. Et puis, au pied de la croix, quand Jésus lui a dit : « Femme, voici ton fils » et que chacun de nous, à ce moment-là, est devenu le fils ou la fille de Marie, Marie a dit “oui”. Elle a eu beaucoup de mérites, vous l’imaginez bien, à dire “oui” à cette maternité pour les hommes, à un moment où son enfant était tué par les hommes et mourait pour nos péchés, devant elle, sur la croix. Ce qui fait que, sur cette base de la Conception Immaculée de Marie, Dieu a construit un édifice qui est un édifice beau, qui est un édifice parfait, un édifice magnifique et qui est un édifice qui s’est étendu aux dimensions de l’univers, et pas seulement de l’univers visible, mais, quand Marie, dans son Assomption, monte au ciel – nous le fêtons le 15 août comme vous savez – elle devient vraiment la Reine du ciel et la Reine de la terre.

Et le monde lui est confié. Ce qui fait que chacun d’entre nous est confié à Marie. Nous sommes confiés à Marie parce que sur cette base solide de sa conception immaculée, Marie a construit un être…, enfin Dieu a construit, en Marie, un être tellement beau qu’il est capable en fait d’accueillir chacun d’entre nous, et de s’occuper de chacun d’entre nous. Et par sa maternité au pied de la croix, par sa royauté qui lui est conférée au ciel, la Vierge Marie est chargée de s’occuper du sort du monde ; et c’est donc pour ça que le 8 décembre 1947, la Vierge Marie est venue s’occuper des Français qui avaient besoin qu’on s’occupe d’eux, et pas un peu ! Et au moment où on était sur le point de nous entretuer entre nous, eh bien ! Marie s’est interposée, en quelque sorte, et elle nous a donné la capacité de vivre ensemble, la capacité de faire des choses ensemble, la capacité sinon de nous réconcilier, du moins d’avancer ensemble vers un avenir qui s’est révélé sain et positif pour notre pays.

Eh bien ! vous voyez, je pense que ce rôle de Marie en 1947… nous ne sommes pas là ce soir simplement pour nous le rappeler comme on se rappellerait un anniversaire qui s’est passé il y a bien longtemps, nous sommes là pour le renouveler… est-ce que vous m’entendez ? Nous sommes là pour le renouveler. Notre présence dans cette église, notre présence dans ces lieux de célébration, à tous présents ici, n’est pas un hasard. La Vierge Marie avait demandé que la foule vienne, nous sommes la foule ; nous représentons la foule ! et nous représentons beaucoup d’âmes, beaucoup de personnes qui ne sont pas dans ces églises mais que nous portons en quelque sorte dans le souci de nos cœurs et dans nos mains. Et nous sommes là parce que nous voulons invoquer Marie, parce que nous en avons besoin, et solidement besoin :
L’Europe a besoin que l’on prie pour elle ;
Le monde a besoin que l’on prie pour lui ;
La France a besoin que l’on prie pour elle ;
Les familles ont besoin que l’on prie pour elles ;
Il est nécessaire que l’on prie pour les vocations de consacrés et de prêtres ;
Il est important et nécessaire de prier pour les jeunes ;
Il est important et nécessaire de prier pour la justice dans le monde.
Si nous voulons que le monde avance, et si nous voulons que toutes les belles choses qui ont été semées par nos ancêtres, tous les idéaux que nous avons portés pendant des siècles aboutissent à une société qui soit normale, nous devons vraiment entrer dans le combat de la prière. Et c’est pour cela que nous sommes là.

Nous sommes là parce que, en réalité, dans l’invisible, chacun d’entre vous a été invité par Marie à venir. Vous voyez, les anges sont venus vous porter le message pour que, de lieux quelquefois très éloignés, vous soyez là ce soir. Et bien ! nous allons nous unir dans la prière, nous allons davantage encore unir nos cœurs dans la prière, et nous allons nous rappeler que partout où quelques-uns sont rassemblés au Nom du Seigneur, le Seigneur est au milieu d’eux et qu’il exauce leurs prières.

Nous allons nous tourner vers Marie, dans la suite de ces Vêpres, et nous allons lui dire, à elle qui est notre “maman du Ciel” comme elle le disait si bien aux enfants, elle, qui est notre “maman” nous allons lui  confier, très simplement, très humblement, sans aucun orgueil, sans aucune prétention, parce que nous sommes justement faibles et pauvres, nous allons lui confier toutes nos intentions de prière, tout ce que nous portons sur les épaules, tout ce que nous portons dans nos cœurs ; et nous allons lui demander d’alléger ça, de l’alléger individuellement sur chacun d’entre nous, et de l’alléger également pour notre pays, la France, et pour l’Europe et pour le monde, et pour l’Église. Voilà ! Donc chacun d’entre nous, ce soir, a une toute petite, mais très réelle responsabilité. Eh bien ! nous allons en quelque sorte, comme des chrétiens et comme des frères, continuer à prier Marie, et à présenter à Marie avec la même confiance que les enfants de 1947, que la brave Madame Trinson, que tous les braves gens de L’Ile-Bouchard qui étaient là – d’ailleurs certains sont encore là, dans cette église – nous allons continuer à prier Marie, et nous allons lui faire confiance pour qu’elle refasse, et qu’elle continue à faire ce qu’elle a fait en 47. Amen !